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Entreprendre ICI à Drummondville-Interview: La Muse

Le Resto La Muse est un restaurant à caractère unique situé en plein cœur du centre ville de Drummondville. Le Resto La Muse est réputé pour la diversité de ses mets et saveurs et est aussi reconnu pour sa convivialité et son service chaleureux. Sans oublier, par cette même occasion, de souligner son atmosphère haute en couleurs par ses murs ornés d’œuvres d’arts. Voici donc, sans plus tarder, le cinquième opus de la série Entreprendre ICI à Drummondville avec Julie Arel:

IciDrummond: Si on recule à la mi-mars ou un peu avant au moment où on a entendu parler de Coronavirus plus sérieusement, les choses ont considérablement déboulées par la suite. Est-ce que tu avais vu la suite des événements venir ou cela t’a surprise ?

Julie: Honnêtement, je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais partie faire de la motoneige en Gaspésie avec des amis. Tout commence ensuite. Mon chef m’appelle en panique, la distanciation, les deux mètres, il faut couper les places dans le restaurant… Mais à ce moment, je ne réalisais pas vraiment l’ampleur. Après cela il y a eu un climat de peur qui s’est installé et les gens ne voulaient plus aller au resto. J’étais en Gaspésie à ce moment et on avait 300 kilomètres à faire pour se rendre à notre camion. On a roulé avec constance afin de se rendre à bon port et on est rentré par la suite à Drummondville et c’est là qu’on a constaté qu’est ce qui se passait. Cela a été comme une grande claque parce que du jour au lendemain ton resto se vide et tu ne sais pas ce qui s’en vient.

Une chose qui est certaine, on ne voulait pas mourir et mettre la clef dans la porte. J’avais un fort instinct de survie qui disait … Bon. Il faut trouver un plan B. Donc, ma grande force, c’est que je suis toujours sur le web et je regarde un peu partout ce qui se fait ailleurs. Donc mon chef, mon conjoint et moi on regarde sur Instagram et là je constate que Louis François Marcotte qui a un petit café et qui vend des potages 8$… alors je regarde mon chef et je lui dis… On va faire quelque chose comme ça nous aussi ! On va vendre des potages ! Donc je fais une publication le soir et ça a parti en fou. C’était incroyable.

IciDrummond : À partir du moment que le moment a dû fermer complètement en vertu du décret gouvernemental, comment as-tu vécu la première semaine ?

Julie : Ça a été pour moi un choc. Compte-tenu que mon chum reçoit des injections et son système immunitaire étant affaibli, il ne pouvait plus être au resto. Il restait, par conséquent, que moi et mon chef. Donc on s’est mis à faire les potages.

Tu vois, à travers tout cette situation, j’ai toujours refusé de voir cela négatif. Je me suis dit : on ne sait pas combien de temps cela va durer et on va trouver des idées pour survivre. Il y a une chose que je savais dans la situation, c’est qu’il fallait s’entraider. C’est à partir de là que je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose avec tout ce qui était périssable. Ça a été vraiment une semaine en mode survie et je pensais toujours aux autres. Je pensais au Supermarché Maxi qui donnait des restrictions de 2 articles par clients et je pensais aux grosses familles. C’est là que j’ai eu l’idée de donner aux grandes familles et aux gens dans le besoin.

IciDrummond : Après avoir discuté avec de nombreuses personnes et plusieurs entrepreneurs en lien avec leur réaction leur de la première semaine de la crise, tu es une des rares personnes qui me témoigne d’être rentrée immédiatement en mode solution. Je trouve cela intéressant et cela démontre assurément chez toi une certaine forme de force de caractère. Ceci étant dit, c’est une des caractéristiques qui fait qu’un entrepreneur est un entrepreneur.

Julie : Oui et j’avais vraiment l’impression qu’on m’avait mis la tête dans l’eau et qu’on me disait : tu vas te noyer. Tu ne pourras pas réussir. C’est ce que l’on nous disait lorsque nous avons acheté La Muse il y a 8 ans. Elle était en faillite et sur le point de fermer. Tout le monde disait qu’on ne réussirait pas à surmonter ce défi là. Pourtant on a réussi à remonter tout cela avec des chiffres d’affaire importants. Donc pour moi, il été hors de question de s’arrêter sur le coup.

Après un 10-15 jours l’adrénaline est tombée et puis, par la suite, je faisais temporairement volteface. Je me disais : On aurait dont dû fermer finalement ! Et là mon chum m’a dit non on ne peut pas fermer voyons donc ! J’ai donc repris un second souffle et je me suis dit ok… on va se pencher sur des idées et tout cela mais… Je me souviens qu’au tout début, ce qui m’a poussé à trouver des idées c’est que je ne voulais pas que mon chef perde sa job. Ça fait 20 ans qu’il travaille pour nous. On a eu d’autres restos et ce n’était pas vrai qu’on allait mettre Bobby à pied ! On va trouver une idée pour le faire travailler ! C’est drôle parce que j’ai tout écrit depuis le jour un et c’est sûr que je vais relire tout cela dans les 10 à 15 prochaines années.


IciDrummond :
Tu parlais tout à l’heure que tu as eu l’idée de distribuer des œufs et de faire des potages pour limiter les pertes tout en redonnant à la collectivité. J’ai remarqué qu’il y a beaucoup d’initiatives et de dons qui ont été fait en ce sens. Quel a été l’élément déclencheur qui t’a emmené à développer de telles initiatives ?

Julie : C’était la survie. Je me disais je ne peux pas que travailler 12 ou 15 heures par jour. Il fallait que je trouve un sens à tout cela. Je me disais ce n’est pas vrai que je vais glisser vers le négatif. Je suis une personne très positive. Je me suis dit que j’allais donner aux autres afin de s’entraider et de faire une grande roue. L’un va donner à l’autre et vice versa. On va se sortir de cela et on va dire qu’on a grandi à travers de cette épreuve-là. Je me souviens que donner, c’était ce qui faisait du bien dans ma journée. Quand on a commencé à donner notre nourriture, j’ai mon fournisseur de fruits et légumes et je lui ai demandé de me donner des caisses d’œufs. Bien qu’il fût réticent au début, après avoir insisté, il m’a, par la suite, donné six caisses. Quand on s’est mis à distribuer le tout on se serait cru à Noël. Juste de voir le visage des gens lorsqu’on leur donnait, ça c’était ma paye !

IciDrummond : Quels sont les trucs que tu as trouvés pour conserver ta motivation et ton enthousiasme au moment qu’il fallait être en mode solution ?

Ça a vraiment été la survie au départ. Par la suite ça a été un peu l’innocence dans la mesure que tu penses au début que cela va durer deux semaines. Dans de telles circonstances, tu vis l’instant présent, tu cherches des solutions, tu trouves des idées.
Le plus ironique dans tout cela, c’est que j’avais demandé à la vie à la fin 2019, un nouveau défi pour 2020 parce que je me trouvais trop dans ma zone de confort. J’avais le goût qu’on me jette de ma zone de confort et puis là aujourd’hui je me dis my god… je ne voulais pas un si gros défi (rires) ! On dirait que j’étais prête inconsciemment à ce qu’il y arrive quelque chose dans ma vie afin de sortir de ma Zone de confort.

Les idées sortaient à chaque semaine, on a eu l’idée de faire du takeout pour donner du travail à notre cuisinier de soir. On voulait qu’il soit capable de payer son loyer et on ne voulait pas qu’il s’endette. Le tout était encore dans l’idée de donner et d’aider quelqu’un. Finalement ça monte, ça roule, tu te sens comme sur l’autoroute et tu vois de tes compétiteurs prendre une de tes idées. Donc l’objectif est toujours de trouver de nouvelles idées avant les autres et d’avancer. Il est certain que l’on peut prendre cela négativement et dire que ce que l’on vit c’est difficile, mais d’un autre côté, on peut se dire qu’on va passer à travers de la plus grande crise de l’histoire et on va réussir à s’en sortir. C’est ce que je me dis tous les matins. Je refuse de sombrer dans la négativité.

IciDrummond: On parle beaucoup ces temps-ci en temps qu’entrepreneurs qu’on doit innover et trouver des manières de rebondir afin de bien rester dans la course. Quels changements et d’innovations que vous avis mis à l’avant plan à La Muse afin de rester en scène ?

Julie: Au départ, on y est allé avec des potages et des produits qu’on vendait. On s’est dit : Les gens ne peuvent pas sortir ? Pas de problème. On va faire la livraison. On a plein de clients réguliers qui ont embarqué. Par la suite, on a misé take-out et livraison du jeudi au dimanche. On a essayé dans tout cela de toujours développer de nouvelles idées.

À titre d’exemple, pour la fête des mères, on a fait des repas bénédictines à assembler. Les gens n’avaient qu’à assembler le tout et ouvrir la bouteille de mousseux. L’important c’est de développer des idées qu’il n’y a pas dans le coin qui pourra être intéressante. Mais cela prend une équipe qui embarque et qui concrétise ces idées. D’ailleurs, plusieurs employés sont revenus travailler et je sais qu’on a leur appui. On fait la livraison le midi. On a développé un nouveau menu qui est vraiment unique et qui entre dans le jamais vu. Mais voilà, c’est toujours cela : c’est toujours des idées, des idées et encore des idées. C’est ce qui me ramène en vie en tant qu’entrepreneur. J’ai 45 ans. Je travaille dans la restauration depuis que j’ai 20 ans. Justement, comme je te disais, je me sentais un peu dans ma Zone de confort et finalement je me dis : J’ai dont bin du potentiel finalement ! (Rires) Ça fait du bien d’apporter toujours de nouvelles idées.

IciDrummond: Comment vois-tu l’avenir en ce qui attrait de la façon de faire des affaires après la crise ? D’après-toi, qu’est-ce qui risque de changer considérablement dans l’après-crise, quand les choses vont revenir dans un semblant de normalité qu’est-ce que tu penses qui risque de changer dans la manière de faire des affaires fondamentalement ?

C’est sûr que beaucoup de choses qui vont changer. C’est drôle parce qu’on trouvait moi et mon Mari on trouvait que ça allait trop vite. Les gens venaient dîner avant et ils n’avaient souvent même pas une heure et souvent ils étaient très pressés de prendre leur facture. Ils venaient souper le samedi et ils avaient un échéancier chargé : Il faut aller au cinéma, il faut aller au spectacle… Ça n’avait plus de sens tant que cela allait trop vite. On trouvait ça dommage parce que beaucoup de gens ne trippaient même plus sur l’expérience-restaurant. Quand j’étais jeune mes parents sortaient le samedi soir au Luxor à Victoriaville et c’était leur soirée.

Ils ne revenaient pas à sept heures et demie. Probablement que tous ces événements vont nous ralentir. Probablement qu’on devra prendre moins de clients. Probablement que les gens vont prendre plus le temps de souper lorsqu’ils vont retourner au restaurant. Il y a beaucoup de choses qui vont changer mais j’ose croire que les gens vont apprécier davantage leur séjour au restaurant. Il y a surement beaucoup de choses qui vont changer nos façons de faire peut-être que les takeout et la livraison vont faire partie de notre vie encore un petit bout même si ce n’est pas le côté qu’on aime le plus. Les gens qui vont aller en salle à manger vont pouvoir prendre plus l’expérience et vont prendre le temps. Même moi j’ai hâte de manger dans un resto.

Je vois ça positivement. C’est sur les revenus seront différents. C’est sûr que des compétiteurs ne seront plus là. C’est sûr que la pointe de tarte va grossir. Mais j’espère qu’on va garder beaucoup de compétiteurs parce que sans compétition on ne se tient pas en santé. Je me prépare. Je lis beaucoup sur ce qui se fait dans d’autres pays. Je pense que le secret repose sur l’adaptation.

IciDrummond: Quel message positif pourrais-tu laisser aux autres entrepreneurs dans le centre-ville et les propriétaires de petites entreprises ?

Julie: Je pense qu’à travers de tout cela, on va avoir créé quelque chose qu’on n’avait pas nécessairement. On sera unique que jamais. Je pense que nos compétiteurs on ne les verra plus de la même façon. On va avoir passé à travers de la guerre. On va avoir passé à travers quelque chose de pas facile. On va avoir tous et chacun mis tout notre cœur.

Je ne suis pas toute seule à le dire. On travaille tous comme on n’a jamais travaillé parce qu’on s’efforce de faire des miracles avec une micro-équipe. La vie va reprendre son cours. Je ne suis pas inquiète. Il y a quelque chose de très positif à Drummondville. On a de la chance ici à Drummondville et j’en parlais d’ailleurs avec d’autres entrepreneurs. Ici on est en plein emploi. On est dans une des meilleures villes pour avoir une entreprise parce que les gens ont toujours travaillé. On a des grosses entreprises tel que Soucy, Canimex, Soprema pour ne nommer que ceux-là. On est dans un phénomène de plein emploi. Les gens vont travailler et vont se faire plaisir et vont toujours venir au restaurant. Donc il ne faut pas lâcher. C’est un marathon et il ne reste quelques kilomètres à faire mais ce n’est pas le temps de baisser les bras. Il faut que tu te relèves. On a le droit de vivre nos moments d’écœurantite mais il faut se relever et continuer. Imagine quand on sera âgé de 95 ans et que l’on va parler de ces événements on va surement nous prendre pour des gens séniles. C’est incroyable ce que l’on va voir à raconter.

IciDrummond : Une dernière question : Quel message positifs pourriez-vous laisser à vos clients et à ceux qui vous supportent ?

Julie: Dès le départ, j’ai senti les clients qui nous écrivaient et qui nous encourageaient, qui commandaient les potages. Je ressentais leur amour. Cela m’a aidé à passer à travers de tout cela les premières semaines. On s’ennuie des clients. On a hâte de les retrouver. On s’est fait plein d’autres clients. Quand j’allais livrer les potages, certains me disaient : On ne savait même pas que ça existait La Muse ! Donc à travers de tout ça, quand on reviendra à la vie normale on va avoir une belle  »brochette de clients ». Des nouveaux, des plus jeunes, des plus vieux. Cette crise m’aura démontré à quel point j’ai besoin des gens pour vivre. Je me remémore les temps passés à discuter avec les clients le samedi matin, le dimanche… et là, je me dis : Oh My God ! Ça me manque Tellement ! Cette crise m’aura vraiment montré tout ce que j’aime dans la vie. Donc ces événements ne sont pas si négatifs en soi. Il faut ressortir le positif de tout ça.

IciDrummond: Une conclusion d’opinion : Ta philosophie, ton optimisme et ton désir de foncer est un bel exemple à donner à tous dans la mesure que présentement on ne vit des temps bien particuliers qui ne sont pas évidents pour beaucoup de gens. J’aimerais conclure de mon côté avec une parabole. La vie est un peu comme une partie de poker. C’est facile bien jouer avec les bonnes cartes. L’art du succès en temps d’adversité est de bien joueur avec des moins bonnes cartes.

Je pense qu’en tant qu’entrepreneurs un des objectifs que l’on doit se fixer dans un temps comme celui-là et d’être constant à contre-courant. C’est facile performer, c’est facile orchestrer des choses quand tout va bien. Quand c’est difficile, quand tu as le vent dans le visage, c’est là le défi de rester motivé et d’aller de l’avant et tu fais vraisemblablement partie de ces gens.

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